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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 05:33
Papa, c'est encore loin quand je serai grand ?

Il revient quand Papy ?
Il va rester là encore longtemps ?
Je regarde mon neveu haut comme trois pommes essuyant la plaque que l'on vient de déposer avec ta photo.
Nous avons choisi une photo récente, juste avant, quoi ; moi je voulais une photo en noir et blanc, celle où tu avais trente ans, avec des cheveux et ton grand sourire. Tu as bien eu trente ans, non ? Une vie, même si ce n’est qu’un nom entouré de deux dates, ne peut se résumer à des photos crépusculaires.
Les cimetières sont pleins de ces photos de vieillards bouffis aux visages décrépis. Voilà ce qui reste en mémoire aux visiteurs des sépultures : la dernière image, qui n'est pas forcément la meilleure et la plus élégante.
- Il revient quand Papy ? insiste mon neveu.
Je me sens un peu seul sur ce coup-là pour lui répondre. Mon frère me sourit et, dans son regard, je lis : « C'est à toi qu'il pose la question, c'est à toi d'y répondre. »
- Papy, tu sais, il est au ciel, il est mort, et quand on est mort...
- Je sais qu'il est mort, mais il revient quand ? Quand on meurt, après, on revient tonton, on sait pas quand mais on revient. Moi, je le reconnaîtrai Papy quand il reviendra. Je serai grand mais je le reconnaîtrai. Une fois avec Papy, on avait planté des fleurs, il m’avait dit que les plantes, ça meurt pas, mais ça repousse. Si ça se trouve, Papy, il va repousser… sinon pourquoi on l’aurait mis en terre d’après toi ?
- Qui t'a dit ça ?
- J’sais pas moi, quand j'étais petit, je l'ai dit à Mamy. Je lui ai dit que quand elle mourra, il faudra pas avoir peur ni être triste. Parce qu'elle reviendra et elle sera ma fille. Moi, je le saurai mais pas elle, et moi je m'occuperai d'elle.
Je me souviens de cette conversation. À cinq ans, mon neveu, très sérieux, avait pris la main de maman et lui avait dit de ne pas avoir peur. Le soir elle nous avait tous appelés pour savoir qui avait raconté ces histoires à son petit Coco.
- J'sais pas moi comment je sais ça, mais je sais que je le sais et que c'est vrai !
Des rafales de mistral couchent des pots de fleurs, il fait tellement chaud que le vent ne nous fait même pas frissonner. Mon frère donne un dernier coup de pelle à notre complot : trois ceps de vigne viennent d'être plantés.

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Published by taotesqui.over-blog.com
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  • C'est dans la profondeur du quotidien que l'on découvre l'extraordinaire c'est en partant de cette citation que je vous propose de m'accompagner sur un chemin...
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