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21 décembre 2016 3 21 /12 /décembre /2016 12:45
Photo de Frédéric Le Chevanton : http://www.fredericlechevanton.com/

Photo de Frédéric Le Chevanton : http://www.fredericlechevanton.com/

Je l'avais remarqué depuis quelques jours, elle se trouvait systématiquement sur mon parcours et semblait me guettait. Elle restait devant une vitrine vide sur le boulevard, face à l'entrée de mon bureau, je la retrouvais dans la superette pendant mes courses ou feuilletant un magazine dans la presse où j'avais mes habitudes. Son visage m’était familier, cependant j'étais persuadé de ne pas la connaître.

Ce manège durait depuis une semaine et à quelques jours de Noël, je voulais percer ce mystère.

Je décidais ce soir-là de sortir par le parking et remonter le boulevard pour la surprendre. Je la vis, nonchalante, marcher vers le centre-ville. Je la suivis. Elle rentra dans un café proche de la grande place et s'installa sans enlever son imper ni ses lunettes noires, personne ne lui prêtait attention. Je la détaillai : allure mince, jeune; le visage tout en longueur, elle portait un imper dont le col était relevé, un foulard sombre sur ses cheveux bruns et d'immenses lunettes noires qui cachait son visage. Devant ma bière, une chaleur m'envahissait : plus je la regardais, plus j'étais attiré par cette inconnue.

C'est alors qu'elle tourna la tête vers moi, et pris peur. Elle se leva brusquement et descendit aux toilettes. Je ne savais pas quoi faire, je voulais seulement lui parler et non lui faire peur. Je décidai de l'attendre et de m'expliquer. Au bout de quelques minutes un homme d'une quarantaine d'années arriva et se dirigea droit vers moi :

- Combien voulez-vous ?

- Je ne comprends pas

- Combien voulez-vous pour arrêter de la suivre ? Laissez la tranquille ou vous aurez faire à moi

- C'est elle qui me suit, qui est-elle ?

- Ceci n'est pas votre affaire, il faut la lasser faire et elle s'en ira et vous l'oublierez, ce sera mieux pour tout le monde.

L'inconnue remonta des toilettes et effrayée contempla la scène. L'homme me retint par le bras pendant qu’elle sortait du café

- Oubliez la, ce sera mieux pour nous tous.

L'inconnue disparue, l'homme parti, il ne me restait plus qu'à regagner mon appart en songeant que c'était une drôle d'histoire;

 

Elle était devant l'entrée de mon immeuble et tenait un immense sac de sport. Elle vint tout de suite vers moi :

- Pardon d'avoir appelé cet ami mais vous m'avez fait peur tout à l'heure. J'ai besoins de vous, j'ai besoin de quelqu'un pour m'aider à accomplir quelque chose. Voulez-vous m'aider ?

Je devinais derrière ses lunettes de star, une immense détresse et une grande attirance.

- Qu'attendez-vous de moi ?

- Emmenez-moi à l'océan, ce soir, je dois terminer quelques choses que j'aurais dû faire depuis des années maintenant.

En moins de dix minutes, elle était installée dans ma voiture, le sac entre ses jambes et nous roulions vers l'océan.

Elle m'avait indiqué un petit hôtel et j'avais appelé pour réserver une chambre. Le patron me laisserait les clefs à la réception car il devait s'absenter, j'avais le code pour rentrer. Je me suis arrêté pour prendre de l'essence et nous acheter des sandwichs. Elle ne voulut pas manger, et s'endormit. Son sac était entre ouvert et je vis un vase qui ressemblait à une urne.

Arrivé tard, elle monta avec moi dans la chambre.

- Je dois faire quelque chose. Je dois terminer, je vous laisse et je reviendrais plus tard.

- Il fait nuit, il fait froid, cela ne peut attendre demain ?

- Demain matin je vous expliquerais tout. Laissez-moi maintenant.

Je l'entendis descendre les escaliers, son parfum était présent dans toute la chambre.

Je passais le reste de la soirée à zapper et finis par m’endormir. Il me sembla dans un demi-rêve, l'entendre rentrer, se déshabiller et se glisser dans le lit. J'étendis mon bras pour la chercher et caresser ce corps qui m'attirait, mais la place était froide.

 

Au petit matin, elle n'était pas revenue. Je descendis déjeuner, personne ne l'avait vue. Je la cherchais le long de la plage, questionnais des habitants, personne n'avait vu l'inconnue.

Je décidai vers midi de me rendre à la gendarmerie pour signaler sa disparition :

- Alors, si j'ai bien compris, me dit un gendarme, vous nous signalez la disparition d'une inconnue avec qui vous êtes venu mais vous ne savez ni son nom, ni son adresse. Et qui plus est, l'hôtel ne l'a pas vu non plus... Soit vous nous faites marcher, soit elle s'est bien foutue de votre gueule la demoiselle : elle cherchait une poire pour la conduire ici et une fois la course faite, elle s'est envolée pour rejoindre son amoureux.

Le gendarme avait raison : je ne la connaissais pas, l'hôtelier ne l'avais pas vu et je ne savais pas où la chercher. Je regagnais la ville en fin d'après-midi.

 

Les semaines passèrent et cette histoire me perturbait un peu moins. Les premiers temps je n'arrivais pas à dormir, je marchais dans la ville espérant tomber sur l'inconnue, mais rien, pas de trace d'elle.

Ce fut quelques semaines après Noël, que je croisais l'homme qui m'avait menacé. Je décidais le suivre. Il rentrait chez lui, il semblait avoir vieilli, son teint était blanc, il avait des poches sous les yeux et semblait moins menaçant que lors de notre première rencontre.

Je le suivis jusqu'à son domicile, le laissa entrer, attendis quelques instant et sonna la porte. Il ne fut même pas surpris de me voir, tout juste contrarié.

- Cela devait arriver, me dit-il en me laissant entrer

- Je veux savoir ce que vous avez fait de l'inconnue, sinon je vais voir la police !

- Pour leur dire quoi ? Vous ne savez même pas qui elle est.

Il me fit asseoir et alla chercher une bouteille de vin. Il la déboucha et vint s'assoir à mes côté et me présenta une photo en noir et blanc de l'inconnue. Elle était sans foulard et sans lunettes noires, un beau visage en longueur souriant, de grands yeux noirs décidés et des cheveux ondulés brun.

- Elle s'appelle Mathilde. Sur cette photo, elle devait avoir dans les dix-huit ans, c'est l'été où je l'ai rencontré au bord de l'océan et j'en suis tombé amoureux. Mathilde est une fille assez libre, elle voulait tout, tout de suite, ne sembler jamais fatiguée ni lassée des choses et des gens. Nous nous voyons peu : je faisais mes études ailleurs et je ne la voyais que pendant mes vacances ou certains week-ends. Un jour elle décida d'aller à l'océan parce qu'il y a une tempête d'annoncée et qu'elle voulait voir ça.

L'homme prit une grande gorgée de vin

- La gendarmerie dira dans un rapport d'accident, qu'elle s'est approchée trop près des rochers malgré l'interdiction et les barrières de sécurité. Une immense vague s'est abattue sur elle et l'a emporté. Ce n'est que le lendemain plus au sud, qu'on a retrouvé son corps. Ses parents l'ont incinéré et ont placé l'urne dans un cimetière. Mathilde elle, elle voulait que ses cendres soient rendus à l'océan.

- Mais comment savez-vous ce que Mathilde souhaitait ?

- Parce que depuis elle vient me voir et insiste pour que ses cendres rejoignent l'océan pour qu'elle puisse se retrouver.

- Pourquoi ne 'avez vos pas fait alors ?

L'homme regarda dans le vide.

- Parce que tant que les cendres de Mathilde restaient dans l'urne, elle viendrait me voir pour la délivrer, et moi je continuerais à la voir. C'est le seul moyen que j'ai trouvé pour la garder.

Nous sommes restés un grand moment dans le silence et avons échangé des banalités sur la vie, la mort. L’homme me dit qu’il voulait changer de vie, mais à chaque fois, Mathilde venait le voir  et il renonçait à ses projets.

Nous nous quittâmes tard et plus jamais je ne le revis en ville.

 

Sur les rochers, à la sortie du port, un ombre marche à la frontière du vide. Un homme d'une quarantaine d'année, vient de s'installer depuis peu. On dit qu'il hante les rochers, parlant seul et à haute voix parfois. Il semble attendre quelqu'un pendant des heures.

Parfois même, on l’entend hurler un prénom qui sombre dans l’eau ou est emporté par le vent. On distingue des syllabe que l’écume dépose sur la lande : Ma-thil- de.

 

Retrouvez les photos de Frédéric Le Chevanton sur son site : http://www.fredericlechevanton.com/

 

 

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  • C'est dans la profondeur du quotidien que l'on découvre l'extraordinaire c'est en partant de cette citation que je vous propose de m'accompagner sur un chemin...
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