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6 juin 2022 1 06 /06 /juin /2022 17:33
L'alcool, un amour qui tourne au vinaigre.

La réalité a parfois besoin de la fiction pour  prendre de la distance avec l'histoire afin de gommer le côté cru pour livrer un fond plus acceptable. C'est sans doute cet angle qu'a choisi Andréas  Becker pour nous raconter une dérive, et pas n'importe laquelle, une errance que lui-même a bien connue : l'alcool.

L'addiction à l'alcool ne touche pas simplement les populations fragiles, l'alcool fait son nid dans chacun de nous en profitant de nos vulnérabilités. C'est le cas de Valentin, dit Val - mais il n'aime pas trop qu'on l'appelle Val-  marié, père de deux enfants, expert comptable , et de Jeanne - mais elle préfère être appelée Jane- fille de haut fonctionnaire travaillant dans l'événementiel. Une rencontre de voisinage, une histoire d'amour, une descente aux enfers. 
On suit l'itinéraire de ces deux cabossés de la vie, mal dans leur peau, mal à l'aise dans une société où ils ont de la peine à évoluer , par timidité, par gêne, alors, un petit verre, puis un autre, ça aide au début et ça devient une habitude à la fin. L'alcool devient l'alpha et l'oméga du quotidien, on commence par négliger sa famille, son travail, puis on se retrouve seul, face à un autre qui nous échappe, un lointain souvenir de qui était l'alcoolique avant l'alcool. Et surtout; il y a le corps qui n'en peut plus de ce poison.
Valentin et Jane, Val et Jeanne, vont tenter de vivre une relation commencée au container où en cachette des voisins, ils jettent dans la honte les bouteilles vides de la veille. Les sentiments ne résistent pas à l'appel du comptoir, des affiches publicitaires pour le rosé ou la supérette du coin et son rayon alcools forts : "il arrive dans notre troquet plus bourré que jamais, en ruine à peine vivante, et il pleure en silence, il saigne en dedans. C’est pire qu’avant, il se traite de tous les noms, en buvant, non, en ingurgitant verre sur verre, sans plus aucune considération du breuvage, c’est l’alcool qui compte, et au plus vite"
La force de ce roman est l'appui de l'auteur sur des prises de paroles d'anciens alcooliques. Ils ont raconté leur vie, Andréas les a mis en scène avec sincérité, sans rien édulcorer, ce qui donne à ce livre une dimension supplémentaire car derrière les mots , il y a une réelle souffrance de ces malades que l'on désigne pudiquement par le sigle OH dans les hôpitaux. Il y a de la souffrance physique, de la honte, de la culpabilité et c'est toujours l'alcool qui est le plus fort même si parfois il y  des prises de conscience.
L'amour que l'on porte à un alcoolique peut-il le sauver ? Quel est le regard de ceux qui vivent avec eux dans l'intimité, une fois la porte de l'appartement fermée, à l'abris du jugement ? Comment aider ? Autant de question que la fiction tente de répondre à ceux qui vient cette tragédie bien réelle.
Un roman à lire comme un docu-fiction , à partager sans modération.
 
Alcool mon amour d'Andréas Becker, Les éditons d'en bas, 20€
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