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8 juin 2021 2 08 /06 /juin /2021 20:58
Mal à ta borgne 14/14

J’ai enfin su ce matin qui était vraiment Mal-à-ta-borgne et j’ai compris que toute ma vie il serait à mes côtés. Ce n’est pas vraiment l’air absorbé de mon père sur la photo qui va me poursuivre, mais cette peur mêlée d’espérances, ces sursauts de désirs d’y arriver avec la crainte de chuter avant d’atteindre le but, quant aux autres…. Il faut compter sur eux, avec leur jalousie, leur vision étroite, leur envie d’être à notre place ou contre nous, peu importe. L’ennemi est plus souvent en nous, une douleur liée à l’enfance, celle des rêveurs absorbés à des comptes –ou des contes- de Mal-à-ta-borgne, vivre dans ces espaces où les autres n’ont plus accès, ceux de nos combines qui demandent de l’énergie et de la dignité pour continuer sans cesse. J’ai su  qui tu étais Mal-à-ta-Borgne , ce matin là, à caresser du bout de mon ongle la colonne vertébrale du garçon de l’interclasse , un bout de doigt qui courrait en effleurant sa peau , en ressentant cette douceur et cette tragique issue qu’offre le désir, toujours la même : la solitude. Mon corps voulait posséder, il désirait  la trace d’autres corps sur le mien et mes parfums sur les autres, ces cris muets des abandons et des refus, ces histoires que l’on se raconte pour tromper l’ennuie ou masquer l’échec. Il était là Mal-à-ta-Borgne, couché dans ce lit avec une certitude : la promesse de trouver du beau et de le vouloir tout entier, ne rien partager.  Je me croyais plus vulnérable qu’invincible, pourtant, j’aurai du avoir ce matin là l’ivresse  du conquérant.  Loin de mourir, Mal-à-ta-borgne  est entré en moi  quand mon corps m’a appris  qui j’étais enfin .

Je suis condamné au désir des corps sans fin.

Mai  2021

Copyright U7CU1M5

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8 juin 2021 2 08 /06 /juin /2021 20:55
Mal à ta borgne 13/14

 Je n’en dormais plus. Je ne ressemblais plus à cette photo de mon père, j’avais d’autres combines en tête, des plans d’évasions pour rejoindre celui dont je mourrais d’envie de laisser glisser mes doigts sur  son corps. Je rêvais d’effleurer son dos, son torse, ses lèvres. J’avais une fièvre en moi, Mal-à-ta-borgne m’invectivait, il me disait que je n’étais pas normal, qu’il ne fallait pas mais à chaque qu’il me sermonnait, le garçon de l’interclasse venait me sourire et m’invitait à insister. Il fallait savoir qui j’étais vraiment au lieu de me morfondre, de me complaire dans la souffrance d’un lâche. Lâche parce que j’avais décidé quelque chose et que la peur m’interdisait d’y accéder.
Alors j’ai mis des semaines, des mois, des trimestres à me rapprocher de ce sourire, à devenir son ami. Et une nuit, à la faveur du hasard qu’offre seulement les bonnes étoiles aux chanceux, j’ai retrouvé le garçon de l’interclasse dans un lit de fortune, nos corps tétanisés par l’enjeu du désir.
Nos doigts ont fini par se rencontrer, une dernière fois Mal-à-ta-borgne  est venu m’empêcher notre étreinte.
Mal-à-ta-borgne a tenté de nous éparer. Je l’ai repoussé.

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8 juin 2021 2 08 /06 /juin /2021 20:44
Mal à ta borgne 12/14

Je ne sais plus comment ça a commencé, je me souviens de l’avoir croisé dans les escaliers. Ce moment d’interclasses, cohorte beuglante et malodorante montant du côté rampe et descendant du côté mur du lycée. Je montais et lui descendait. Ou l’inverser. Peu importe. C’était lui et rien d’autre n’existait. Je me souviens de m’être arrêté net, impossible d’avancer, incapable de me mouvoir d’avantage. La colonne bruyante vociférait d’impatience de progresser. La meute n’aime pas être immobile. Ils m’ont poussé, et il l’a disparu engloutit par sin flux. Le garçon de l’interclasse avait disparu de ma vue mais resté gravé dans ma mémoire ? De tout mes pores je le ressentais, je le transpirais, je le suais chaque instant de mes nuits.
Mal-à-ta-borgne  vint se plaindre, gémir, il m’a suppliait de renoncer et revenir vers lui. Mais le corps du garçon d l’interclasse était plus fort que les chimères de Mal-à-ta-borgne.
A partir de ce moment-là, le garçon de l’interclasse avait remplacé Mal-à-ta-borgne  et mes nuits ne furent pas pour autant sauvées. Toutes mes pensées, mes sensations, mes envies, tout le monde sensible lui appartenait. Je lui offrais tout ce que je vivais. Je ne voulais plus vivre dans les programmes télé de ma grand-mère, je ne souhaitais plus être les autres garçons du lycée, je voulais être moi avec lui. Moi et lui dans une soudaine violence remplie de lumières et de couleurs que je rendais au ciel pour qu’il nous sanctifie. Je voulais nos deux corps emmêlés, impossible à dénouer, agrippés à des pans de mur en pierre comme des lierres tenaces. Je voulais me sacrifier en lui.
Si ma grand-mère avait su cela, elle l’aurait raconté à la Tante Marcelle qui aurait fait des bonds à crever le plafond de n’importe quelle maison. Elle était là cette différence, je la tenais pratiquement au bot des doigts : des envies de caresses.
Mal-à-ta-borgne  pensait que la vie était une guimauve que je ne pouvais pas mâchouiller, une chose extérieure à moi, inatteignable. Là où Mal-à-ta-borgne  avait tort, était de me faire croire que le monde extérieur n’existait pas parce que je ne pouvais pas me visualiser que de l’intérieur. J’aurais voulu me voir d’en haut, de côté de profil, sans passer par le miroir, j’aurais voulu me rencontrer pour savoir comment j’étais, comment je marchais, abordait les autres, comment je pouvais me juger. J’aurais voulu me rencontrer pour savoir qui j’étais.

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8 juin 2021 2 08 /06 /juin /2021 20:40
Mal à ta borgne 11/14

J’apprends à me dissimuler, à me rendre transparent. Le désir, je le construis dans ma tête à l’abri des regards de Mal-à-ta-borgne. Je m’enlaidi, laisse pousser mes cheveux pour me donner un côté rebelle, je courbe le dos, rase les murs, adopte un discours politique indigné, je me crois supérieur aux autres parce que Mal-à-ta-borgne  me le dit sans arrêt. Mais je ne sais pas quelle est cette différence, qu’est ce qui pourrait bien me faire sortir du lot. Avec beaucoup de mal, j’intègre le lycée. Autre ambiance, autre changement de classe, autres profs autres camarades, autres garçons aux corps enviables. J’ai embrassé une fille, même deux pendant mes années collège. Tout de suite après cet échange de salive, je me suis demandé si j’avais changé, si j’étais devenu l’un d’entre eux. Mais rien ne s’était passé, je ressemblais aux autres mais je n’étais pas les autres. J’ai renoncé à jouer, je préfère être seul. Ce que je croyais être un désir naturel au collège, l’attrait des garçons, devient un mot, une idée, une injure au lycée. « Tout est dans la tête ! » ai-je envie de crier. « Le désir se construit dans l’imaginaire, noue ne partageons pas les mêmes nuits, c’est tout et ce n’est pas si important que cela ! ». Mais personne ne m’écouterait. Mais je ne serais jamais capable de parler ainsi. Mal-à-ta-borgne  le sait et s’en amuse.
Mal-à-ta-borgne  me dit que je suis bien avancé maintenant que je me suis dit tout ça, maintenant il sait tout de moi et je vais souffrir.
Mal-à-ta-borgne  me tourmente, il m’empêche de dormir, m’invente des tas de supplices pour me détourner de ce que je suis. Il me dit souvent que je dois suivre l’exemple des autres, des plus forts, ceux qui ne se posent pas de questions inutiles. Mais moi, je lui réponds que ne pose pas de questions inutiles, que je veux être moi, MOI !
Mal-à-ta-borgne  rit et me dit que je n’existe pas….

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8 juin 2021 2 08 /06 /juin /2021 20:38
Mal à ta borgne 10/14

Je joue à « comme les autres » : je parle de sport, de films d’action et de filles. Mais Mal-à-ta-borgne  me dit que je dois patienter, que tout ça est un jeu nécessaire pour la suite. Quelle suite ? Mes copains de classes ont quelque chose de troublant ou d’attirant. Je ne sais trop quoi, quelque chose qui me manque. Ils sont ce que je ne suis pas et que je voudrais être. Comme les personnages des romances des programmes télé. Ils ont un corps plus développés que le mien, plus beaux aussi. Mais il y a autre chose : ils sont sensuels. Ils me troublent uniquement parce qu’ils ont des petites copines ou parce je suppose d’eux une vie secrète nocturne. Ils font tous du sport, vont en boum le samedi après-midi et je les imagine chez eux, dans des décors plus confortable que chez moi, une chambre ben rangée qui ne pue pas les pieds et le trop plein de chauffage. Et leur corps nus se glissant dans les draps.  Ce que je postule de mes camarades reste dans les secrets de ma chambre. Mal-à-ta-borgne  n’est pas content, il me dit que ce n’est pas normal, que ce que je cherche c’est être comme eux, c’est tout, qu’il n’y a aucun désir physique. Mais je n’écoute pas Mal-à-ta-borgne. Je commence à me dire, quand il ne me surveille  pas, que je suis celui que je ne suis pas en journée et que je suis vraiment moi que la nuit. Mais ça, Mal-à-ta-borgne  ne le sait pas.

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8 juin 2021 2 08 /06 /juin /2021 20:34
Mal à ta borgne 9/14

Pourquoi  la vie qu’on me trace m’angoisse ? J’ai toute la vie devant moi et je tombe dans un précipice à chaque fois que j’entrouvre la porte du futur. Je m’affaisse de l’intérieur. Je découvre avec  horreur le manque de saveur, l’agueusie, l’ennuie. Les adultes m’ennuient. La vie m’ennuie. Je me sens seul. Parfois je pense être  un prototype créé par Mal-à-ta-borgne.
Mal-à-ta-borgne  est une forme de dieu qui m’a fabriqué dans le but d’expérimenter l’être humain sur terre. Si je tiens la route, la vie pourra s’épanouir, il y aura d’autres humains. Je suis un essai et Mal-à-ta-borgne  m’observe. Je ne sais pas si je dois désobéir ou me conformer. Problème : si je ne me conforme pas, alors mes parents ne peuvent exister, pas plus que mes grands parents et les magazines télé. Si mes parents ne peuvent exister, alors je n’existe pas. Oui ? Mais je suis un essai…. Je tourne en rond et ne trouve aucune solution. Mal-à-ta-borgne  me fait tourner en bourrique. Parfois j’essaye de me planquer. Je ferme les yeux et je retiens ma respiration. Il n’y a que dans ces cas-là que je lui échappe. Je passe alors mon temps immobile à la verticale de la course des planètes. J’attends que ça se passe parce que Mal-à-ta-borgne me dit de me terrer pour que personne ne me découvre. Les autres ne peuvent pas comprendre, ils m’enlèveraient pour me placer dans un autre monde, un autre qui ne serait toujours pas le mien .

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8 juin 2021 2 08 /06 /juin /2021 20:29
Mal à ta borgne 8/14

 J’ai été  adopté. Je ne vois pas d’autres solutions. Mal-à-ta-borgne  me le souffle à l’oreille. J’étais une erreur de la maternité ou un truc comme ça. Il faut à tout prix regagner l’autre monde.
 Ma première année de collège est impossible, invivable. Je ne comprends rien de ce que l’on m’enseigne : je me noie  dès le premier trimestre dans les problèmes de géométrie, de physique et autres pièges de la langue française. Mais qu’est ce que je fous  là alors que je devais vivre dans les pages papier glacées des programmes télé de ma grand-mère, dans une villa proche de la mer uniquement préoccupé par des problèmes sentimentaux.. Et je suis convaincu au fil de mes bulletins scolaires, dans ce monde là, je perdais mon temps à me perdre.  Je ne peux pas expliquer mon cas aux autres. Personne ne peut  comprendre. Comment expliquer que lorsque je projette mon futur, une immense  tristesse m’envahit et me dévore jusqu’aux  entrailles. Le futur, je le calque sur celui de mes parents : mariage, travail, maison enfants. Et là je ne trouve pas mon compte. Ce n’est pas moi qui dois vivre ça. Je comprends peu à peu que ce qui m’attire dans les romances des programmes télé de ma grand-mère, est une échappatoire, une bouée de sauvetage car ce que je suis dans le réel et bien ce n’est pas moi. Mal-à-ta-borgne  me l’a confirmé. Il y a moi dans mes rêves et moi ici, et c’est celui qui se rend tous les matins au collège et qui rentre la tête basse chez lui qui est l’usurpateur.


 

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8 juin 2021 2 08 /06 /juin /2021 20:26
Mal à ta borgne 7/14

C’est l’été de mon entrée au collège. Il faut quitter le monde de l’école du village et prendre chaque matin à compter de septembre, le car pour aller à la ville. Avec appréhension, j’allais  donc chez les grands, changer de classe et  de prof  toutes les heures. Et comme je deviendrais un grand également, il fallait apprendre à  se serrer la main entre garçons et faire la bise aux filles. Pour moi c’est trop de changements ….
 J’embarque  dans ma chambre les programmes télé, bien décidé à les éplucher les uns après les autres. Il  y a à l’intérieur, un feuilleton, une romance, « une niaiserie » comme dirait ma grand-mère : je lis des histoires de  jeunes gens tourmentés mais très riches. Je note bien « mais très riches », car les disputes de mes parents étaient principalement basées sur le manque d’argent. Alors pour moi, quand on a de l’argent, on n’a pas de raison de se disputer. Ni d’être tourmenté. On a qu’à profiter de la vie. Peut-être même, que  ces gens riches, n’auront jamais à prendre le  bus pour aller au collège. Mais ces jeunes gens m’intriguent : je jalouse  leur  vie. Rien n’est  comme chez moi : tout est  propre, et hormis les problèmes de cœurs, ils n’ont pas de problèmes ces gens-là. Et en plus, tout se termine bien. Pour moi c’est évident, c’est ma révélation : soit cette vie devait se terminer bien, soit je n’étais pas dans la bonne vie. Et puisqu’autour de moi rien ne sent le propre et l’argent, je ne suis  pas,  c’est certain, dans la bonne vie. Mais comment aller rejoindre ce monde harmonieux où tout me correspond ?
Cet été là, chez ma grand-mère, dans ma chambre, je m’invente des mondes dans lesquels je suis à ma place. Assurément, je ne suis  pas dans le bon camp…
Mal-à-ta-borgne  rôdait autour de moi et me laissait glisser peu à peu dans un monde de solitude.

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8 juin 2021 2 08 /06 /juin /2021 20:24
Mal à ta borgne 6/14

Arrive l’été que je passe habituellement en partie chez ma grand-mère.  Elle décide de m’offrir tous ses programmes télé qu’elle garde  précieusement. Avant,  j’avais simplement la permission de les feuilleter. Mon grand-père trouve quant à lui,  inutile de conserver des programmes télé qui ne sont plus d’actualité. Grand-mère résiste : elle argumente qu’elle n’achète jamais le journal et que son programme de la semaine était son seul loisir, sa seule dépense personnelle. Ils s’entassent dans la salle à manger aux meubles flambants neufs  qu’ils avaient achetés lors de leur déménagement et qui dorment  sous des bâches en plastiques pour ne  pas les salir. Cette salle à manger n’a jamais servie. Et ne servira jamais. Les programmes s’empilent entre un canapé simili cuir et un living en formica.
Ma grand-mère donc m’offre les programmes datant de l’année d’avant, conservant méticuleusement ceux de l’année en cours en me répétant d’y faire très attention : « ça coute  de l’argent… » En fait, je comprends qu’elle s’en débarrasse  par manque de place. Pourquoi faut-il toujours mentir pour faire croire qu’on fait plaisir. La maison est sans charme, mon grand père s’installe sur le balcon qui surplombe  la route et écoute sa radio. Il regarde  aussi les gens passer, bavarder, lancer une plaisanterie. Ma grand-mère préférait la télé et son relax. Je ne sais pas si ça existe encore un relax, celui-ci avait trois crans de position. Et interdit de s’y prélasser. C’était son territoire. Mal-à-ta-borgne m’observe en lisant sagement ce qui va être une énigme pour ma vie plus qu’une révélation.

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8 juin 2021 2 08 /06 /juin /2021 20:20
Mal à ta borgne 5/14

Je passe mon enfance à observer. Si mes parents sont une évidence, puisque je ne les ai jamais vu seuls, je m’interroge sur  leur motivation. Parce que, je comprends qu’il faut être deux dans cette histoire. Se pose alors la question de toutes ces disputes entre eux. Pas un flot continu, mais ça m’intrigue. Dans les films que je vois à la télé, il n’y a jamais de dispute, pas un problème qui ne se résolve. Chez nous, j’ai l’impression que tout est insurmontable, difficile et désespéré. Vivre à deux sépare. Chacun essaye de tirer la couverture à soi. Pas facile tout ça. « Délicat » me répond ma mère un jour, « délicat mais pas problématique. Et puis se disputer, c’est la preuve que le couple vit. ».
Bon, plus on se dispute, plus on s’aime alors ? Conte à dormir debout, compte de Mal-à-ta-borgne. Point de vue de traviole pour justifier  leur mésentente.  Etre adulte ce n’est pas de tout repos. Je ne sais pas si j’au envie de vieillir un jour. Et pourquoi avoir peur de la séparation ? Je sais déjà que naître c’est s’arracher à un monde paisible, un monde ouaté dans lequel je flottais sans conscience mais sans doute heureux de cet état-là. Faudra un jour que  Mal-à-ta-borgne  me renseigne

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  • C'est dans la profondeur du quotidien que l'on découvre l'extraordinaire c'est en partant de cette citation que je vous propose de m'accompagner sur un chemin...
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